On emménage à trois. Le loyer se divise en trois, l’électricité aussi, et très vite quelqu’un propose un compte commun « pour simplifier ». Six mois plus tard, personne ne sait plus qui a avancé quoi, et le compte commun est devenu le sujet de la colocation plutôt que son outil.
Il y a une autre façon de faire : garder chacun son compte, et ne partager que ce qui est réellement commun.
Le loyer, et seulement lui
Toutes les dépenses d’une colocation ne se ressemblent pas. Le loyer, l’électricité et l’internet arrivent chaque mois, pour le même montant, et concernent tout le monde. Les courses varient. Le forfait mobile de chacun ne regarde personne d’autre.
Mettre les trois dans le même pot oblige à trier ensuite, et trier à trois est exactement ce qu’on voulait éviter.
La ligne de partage est simple à poser : une dépense est commune si son absence priverait tout le monde. L’électricité, oui. Les pâtes du placard, oui, si elles sont à tous. Le casque audio de quelqu’un, non, même acheté le même jour.
Une clé par charge
À parts égales quand c’est évident. Selon les revenus quand la différence est réelle et que tout le monde l’a dit. À la main quand une chambre est plus grande, ou qu’une personne n’a pas de voiture.
Ce qui compte n’est pas la clé choisie, c’est qu’elle soit dite une fois, écrite quelque part, et la même le mois suivant. Une règle qu’on renégocie chaque mois n’est pas une règle.
Deux cas méritent une clé différente du reste. Les chambres de taille très inégale : une chambre de 9 m² et une de 16 m² dans le même appartement ne valent pas la même part de loyer, et le dire au début évite de le penser pendant deux ans. Les absences longues : quelqu’un en stage à l’étranger trois mois continue de payer son loyer, puisque sa chambre reste la sienne, mais pas forcément les courses.
Qui avance quoi
C’est la question qu’on oublie, et c’est celle qui crée les tensions.
Chaque charge commune est prélevée chez quelqu’un. L’électricité chez l’un, l’internet chez l’autre, l’assurance chez le troisième. Chacun voit son compte baisser et aucun n’a le total : celui qui avance 180 € par mois a l’impression de porter la colocation, même si à l’arrivée tout s’équilibre.
Équilibrer les avances au départ règle le problème avant qu’il n’existe. Répartissez les prélèvements pour que chacun avance à peu près autant. C’est cinq minutes de discussion le premier mois, et zéro ensuite.
Ce qui reste privé
Le budget personnel de chacun ne sort pas. Ce que quelqu’un dépense en dehors des charges communes ne regarde pas la colocation, et une application qui les mélange force à choisir entre tenir ses comptes et garder sa vie pour soi.
On peut avoir les deux : ce qui est commun se partage, le reste ne sort jamais.
C’est aussi ce qui rend la méthode tenable dans la durée. Une colocation où tout est visible devient une colocation où l’on se justifie, et personne ne tient ça plus d’un an.
Le règlement du mois
À la fin du mois, chacun a avancé des choses. Plutôt que de faire six virements croisés, on compense : si A doit 40 € à B et B doit 30 € à C, un seul virement peut suffire.
C’est de l’arithmétique, pas de la diplomatie. Et c’est le genre de calcul qu’on est content de ne pas faire soi-même un dimanche soir.
Fixez un jour, toujours le même. Le 5, après que tous les prélèvements du début de mois sont passés et que les montants réels sont connus. Un règlement qui se fait « quand on y pense » ne se fait pas, et les soldes s’accumulent jusqu’à devenir un sujet.
Les courses, le cas qui résiste
Les charges fixes sont faciles : un montant, une date, une clé. Les courses, non. Elles varient, elles sont faites par des personnes différentes, et une partie n’est commune qu’à moitié.
Trois méthodes marchent, et il faut en choisir une seule.
Tout en commun : chacun note ce qu’il avance, et on répartit à la fin du mois. Juste, et demande de noter.
Un budget commun fixe : chacun verse 150 € par mois dans un pot, et les courses sortent de là. Simple, et crée un pot à surveiller.
Chacun pour soi, sauf la base : le papier toilette, les produits ménagers et l’huile sont communs, le reste est personnel. Moins juste, et presque sans discussion.
La troisième marche mieux qu’elle n’en a l’air, surtout quand les habitudes alimentaires diffèrent beaucoup.
À poser le premier jour
La liste des charges communes, avec leur montant et leur jour. La clé de chacune. Qui avance quoi. Le jour du règlement mensuel. Et la méthode pour les courses.
Cinq décisions, une demi-heure, à trois. C’est la demi-heure la mieux employée de toute la colocation.