Quelqu’un part le 12. Le loyer a été prélevé le 1er, l’électricité tombe le 15, et personne ne sait comment découper ça.
Le mois entamé est dû
C’est la règle la plus simple et la plus défendable : celui qui part paie le mois en cours en entier. Il a habité là, ses affaires y étaient, le bail courait. Découper au prorata des jours donne des calculs faux et des discussions longues.
Elle est aussi la plus proche de ce que dit le bail. Le loyer est mensuel et exigible d’avance : il n’est pas dû au jour le jour, il est dû pour le mois. Un départ le 12 ne crée pas une dette de douze trente et unièmes, il laisse un mois payé pour un logement libéré au milieu.
La seule exception tient à la date du préavis, pas à celle du déménagement.
Le préavis court jusqu’à sa fin, même si les cartons sont partis
C’est le point que les colocations découvrent le plus souvent trop tard.
Le préavis est d’un mois en zone tendue, ce qui couvre Lyon, Paris, Bordeaux, Lille et la plupart des grandes villes, et de trois mois ailleurs. Il commence à la réception du courrier recommandé, pas au moment où la personne annonce son départ au dîner.
Pendant ce préavis, celui qui part doit le loyer, qu’il dorme là ou non. Rendre les clés le 12 ne met pas fin au préavis : cela met fin à l’occupation.
La clause de solidarité, et les six mois qui suivent
Sur un bail unique avec clause de solidarité, le départ de l’un n’efface pas son engagement du jour au lendemain.
La loi prévoit que sa solidarité prend fin six mois après la fin de son préavis, ou plus tôt si un nouveau colocataire le remplace sur le bail. Entre les deux, s’il reste une dette de loyer, le propriétaire peut la lui réclamer.
Cela a une conséquence pratique que personne n’aime entendre : tant que le remplaçant n’est pas sur le bail, celui qui part reste exposé. Faire signer l’avenant est donc dans l’intérêt de tout le monde, pas seulement du propriétaire.
Ce qui se solde à part
Les avances croisées. Si le partant a payé l’internet de tout le monde en mars, on lui doit encore sa part. Ces soldes-là se règlent au départ, pas avant, pas après.
Faites la liste avant qu’il parte, pendant que tout le monde se souvient encore. Trois postes reviennent systématiquement.
Les factures avancées : internet, électricité, assurance. Chacune a été payée par quelqu’un, et la part des autres est due.
Les achats communs durables : l’aspirateur, la machine à café, les étagères. Ils restent dans l’appartement, et celui qui part n’en reverra rien, à moins d’avoir décidé l’inverse au moment de l’achat. C’est la source de rancune la plus courante, et elle se règle en vingt secondes si on en parle.
Le dépôt de garantie. Il n’est pas rendu au départ d’un colocataire, il est rendu à la fin du bail, c’est-à-dire parfois des années plus tard. L’usage est que le remplaçant rachète la part du partant à son arrivée. Si personne ne le fait, celui qui part attend la fin du bail pour récupérer son argent.
Le mois suivant
Il se répartit entre ceux qui restent. Si vous étiez trois et que vous êtes deux, chacun passe d’un tiers à une moitié. Ça se décide avant le départ, pas le 5 du mois suivant au moment où le prélèvement tombe.
Le saut est brutal et vaut d’être chiffré à l’avance. Sur un loyer de 1 100 €, passer de trois à deux fait monter la part de 367 à 550 €, soit 183 € de plus par personne et par mois. Sur trois mois de recherche, cela fait 549 € pour chacun de ceux qui restent.
C’est exactement pour cela que la recherche d’un remplaçant commence le jour de l’annonce, pas le jour du départ.
L’état des lieux de sortie, pour une seule personne
Il n’y en a pas, et c’est une source de malentendu.
L’état des lieux se fait à l’entrée et à la sortie du logement, pas à l’entrée et à la sortie de chaque personne. Quand quelqu’un part seul, rien n’est constaté officiellement, et les dégradations de son passage seront imputées au groupe à la fin du bail.
Si vous voulez vous en prémunir, faites vos propres photos datées de la chambre libérée le jour du départ. Cela n’a pas de valeur devant un juge, mais cela suffit presque toujours entre colocataires.
Les trois décisions à prendre le jour de l’annonce
La date de fin exacte, calculée depuis la réception du recommandé et non depuis la conversation.
Qui cherche le remplaçant, et à quelle date on renonce à en trouver un pour répartir la charge entre ceux qui restent.
Le solde des avances, écrit, avec un montant et une date de règlement.
Ces trois décisions prennent dix minutes. Les éviter prend trois mois et coûte une amitié.