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Budget perso

Le reste à vivre, le seul chiffre à regarder

Le solde du compte ne dit rien : il ignore ce qui va tomber. Le reste à vivre, lui, répond à la seule question qu'on se pose vraiment.

Ce qui reste une fois que tout ce qui doit partir est compté.

Le solde affiché par la banque est un chiffre honnête et inutile. Il dit ce qu’il y a maintenant, pas ce qui reste une fois que le loyer, l’assurance et l’abonnement de la salle de sport seront partis.

Le reste à vivre répond à l’autre question, celle qu’on se pose vraiment le 15 du mois : qu’est-ce que je peux encore dépenser sans que ça coince ?

Ce qu’il compte

Ce qui rentre, moins tout ce qui doit sortir : les charges fixes, votre part du foyer, les mensualités de crédit. Ce qui reste est à vous, pour le reste du mois.

La formule tient en une ligne, mais chacun de ses termes mérite d’être posé correctement, sinon le chiffre ment.

Ce qui rentre, c’est le net après impôt si vous êtes au prélèvement à la source. Pas le brut, pas le net avant impôt : ce qui arrive réellement sur le compte. Si vous avez des revenus variables, prenez le plus bas des trois derniers mois plutôt que la moyenne. Un budget construit sur une bonne moyenne casse au premier mois creux.

Ce qui doit sortir se divise en trois familles. Les charges fixes qui tombent toutes seules : loyer, assurances, abonnements, forfait mobile. Votre part des charges communes si vous vivez à plusieurs. Les mensualités de crédit, y compris celles qu’on oublie parce qu’elles sont petites : un paiement en quatre fois sur un téléphone reste une mensualité.

Ce qui reste n’est pas de l’épargne. C’est l’argent des courses, des transports, des sorties, du coiffeur et de la pharmacie. Si vous voulez épargner, l’épargne doit être dans la colonne des sorties, pas dans ce qui reste.

Un exemple qui ne triche pas

Prenons quelqu’un à 2 100 € net par mois.

Loyer et charges 620 €, assurance habitation 18 €, forfait mobile 15 €, internet partagé 12 €, transports 65 €, salle de sport 29 €, crédit auto 180 €, épargne automatique 150 €. Total des sorties fixes : 1 089 €.

Reste à vivre : 1 011 € pour le mois, soit environ 33 € par jour.

Ce chiffre-là change tout. Il transforme « est-ce que je peux me permettre ce restaurant » en une question à laquelle on sait répondre, le 18 du mois, sans ouvrir une calculatrice.

Pourquoi il bouge peu

Un reste à vivre qui change tous les jours n’est pas un repère. Il ne bouge que quand quelque chose de réel bouge : une charge écrite, une dépense saisie, un revenu qui arrive.

C’est précisément ce qui le distingue du solde bancaire. Le solde descend le 1er quand le loyer part, remonte le 28 quand le salaire tombe, et fait croire à la fin du mois qu’on s’en sort mieux qu’on ne pensait. Le reste à vivre, lui, ne bouge qu’avec vos décisions.

Je regardais mon solde tous les matins et je n’en tirais rien. Là je regarde un chiffre par semaine.

Camille, 29 ans

Les trois pièges du calcul

Oublier les charges annuelles. La taxe foncière, l’assurance payée en une fois, la révision de la voiture, les impôts locaux : ce sont des sorties réelles qui n’apparaissent dans aucun mois en particulier. Divisez-les par douze et mettez-les dans les charges fixes. Un reste à vivre qui ignore 1 200 € de dépenses annuelles surestime de 100 € par mois.

Compter l’épargne dans ce qui reste. Si votre virement d’épargne part le 5 et que vous le comptez quand même comme disponible, vous dépenserez deux fois le même argent. L’épargne qui part automatiquement est une charge fixe.

Prendre le salaire du meilleur mois. Une prime, un treizième mois, un remboursement : ce sont des entrées exceptionnelles. Elles ne doivent pas remonter le reste à vivre de référence, sinon le mois sans prime devient un mois difficile sans qu’on comprenne pourquoi.

À plusieurs, c’est le même calcul

Vivre à deux ou à quatre ne change pas la nature du chiffre, cela change ce qui entre dans la colonne des sorties. Votre part des charges communes y figure, calculée selon la clé que vous avez choisie : à parts égales, selon les revenus, ou sur mesure.

Ce qui ne doit pas y figurer, c’est ce que les autres dépensent pour eux. Votre reste à vivre est le vôtre. Celui de la personne avec qui vous vivez est le sien, et il n’a pas à être visible pour que les charges communes soient réparties correctement.

Le seul chiffre à regarder

Un budget détaillé en quarante lignes donne l’impression de maîtriser quelque chose. En pratique, personne ne le tient plus de deux mois.

Un seul chiffre, mis à jour quand quelque chose bouge, tient des années. Il ne dit pas tout, mais il dit la seule chose qui change une décision : est-ce que je peux, ou est-ce que j’attends la semaine prochaine.

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